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Les USA alliés d’Israël, et l’Europe ?

europe union europeenne israel david cronin usa etats unis la guillotine relations obama sarkozy crif hollandePar le passé, les gouvernements européens ont parfois dit des choses qu’Israël a pu juger désagréables. En 1980, par exemple, une déclaration des neuf pays qui composaient alors la CEE disait que les colonies israéliennes en Cisjordanie et à Gaza étaient illégales au regard du droit international. Ils ont même insisté en déclarant que des mesures unilatérales pour changer le statut de Jérusalem n’étaient pas acceptable et appelèrent à des négociations entre Israël et l’OLP.
Se dresser face à l’agression israélienne est une chose. Mais prendre une position de principe indépendante de l’influence américaine est une toute autre affaire, et c’est quelque chose que l’Union européenne n’a pas été en mesure de faire sérieusement depuis qu’elle est devenue un acteur important de la diplomatie internationale. Indépendamment de qui a occupé la Maison-Blanche, les États-Unis ont toujours fait tout ce qu’ils estimaient nécessaire pour affirmer leur suprématie au Moyen-Orient. La crise de Suez dans les années 1950 marque le début de cette hégémonie. Après l’attaque de l’Égypte par la Grande-Bretagne, la France et Israël en réponse à la nationalisation du canal, les USA ont déclenché une ruée sur la livre sterling. Les conséquences de cette action ont été si graves que la Grande-Bretagne est sortie d’Égypte, avec la France et Israël derrière elle. Washington n’allait plus rien tolérer dans la région sans sa permission.

 Nous tenons les Américains par les couilles !

Une anecdote circulant parmi les initiés de la politique étrangère de Bruxelles nous offre un indice sur la perception d’Israël dans les couloirs des institutions européennes.
Lors du premier mandat de Netanyahou comme Premier ministre dans les années 1990, un député espagnol a rappelé que les activités d’Israël dans les territoires occupés étaient tellement litigieuses que même le gouvernement de Clinton était mal à l’aise avec cette situation. Netanyahou aurait riposté de façon méprisante : « Vous, Européens, ne regardez que ce qu’il se passe au-dessus de la table. Si vous regardiez en dessous, vous verriez que nous tenons les Américains par les couilles. »
Prétendre qu’Israël manipulerait les États-Unis de cette élégante manière est un point de vue discutable. Même s’il ne manque pas de preuves quant à l’énorme poids du lobby pro-israélien sur Washington, les USA utilisent aussi cette alliance pour leurs propres intérêts coloniaux au Moyen-Orient. Malgré les nombreux cas de tensions entre les deux nations dans les premières décennies suivant 1948, Israël a été considéré comme un « État client » de plus en plus important dès la présidence de Richard Nixon au début des années 1970. Quand il est devenu clair que la guerre du Vietnam était perdue, Nixon a développé une nouvelle doctrine : les États-Unis devaient éviter la confrontation directe dans les pays du « tiers-monde » et s’appuyer plutôt sur des « laquais » comme Israël ou l’Iran (conduite par le Chah à l’époque).
Pendant la guerre froide, l’Ouest étaient engagé dans la lutte contre le nationalisme arabe et l’influence soviétique dans cette région. Pourtant à la chute du communisme, le Pentagone ne s’est pas détourné du Moyen-Orient. Bien au contraire ! L’historien palestinien Rashid Khalidi a fait remarquer que les néo-conservateurs s’étaient fixés un agenda pour établir une nouvelle forme d’hégémonie américaine sur la région en collaboration avec Israël. Programme clairement affiché dans un document de 1996 que Richard Perle – un personnage important du Pentagone et un ardent défenseur de la guerre en Irak – avait écrit pour Netanyahou. Préconisant un changement de régime à Bagdad, il insistait pour que les USA et Israël aient un objectif identique de « paix à travers la force », métaphore orwellienne pour ne pas utiliser le mot « guerre ».

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Le rapprochement d’Israël vers l’Union européenne a été le fruit de la coopération dans le cadre de la « guerre contre le terrorisme » que George W. Bush a déclarée suite aux atrocités du 11 septembre. Parce que les élans unilatéraux de Bush se sont révélés un facteur de division, il serait facile de penser qu’il y avait un désaccord transatlantique grave au cours de son premier mandat. En effet, avec Jacques Chirac et Gerhard Schröder contre la guerre en Irak, un débat surréaliste a eu lieu fin 2002. Les éditorialistes faisaient courir des histoires comme quoi des Américains en colère avaient rebaptisé leurs french fries en freedom fries ; boycottaient les vins de Bordeaux ; étaient révoltés de l’ingratitude envers les vaillants soldats américains venus mourir sur les plages de Normandie. Les conversations que j’ai eues avec des diplomates US de cette période ont été parmi les plus étranges de ma vie. Je me souviens d’un fonctionnaire dire sérieusement que les Français ne pouvaient pas s’opposer à la guerre parce qu’ils l’avaient soumis au tabagisme passif dans un café parisien le week-end précédent ! Je sais que la nicotine est nuisible, mais une agression militaire l’est-elle moins ?

David Cronin, Europe Israël : Une alliance contre-nature, chapitre 2, pp 47-49

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Une alliance contre-nature – Un extrait du livre de David Cronin

L’approfondissement des relations économiques et politiques de l’Europe avec Israël ne peut pas être dissocié de cette empreinte néolibérale. Cela est devenu encore plus clair en novembre 2007 lors du « dialogue commercial UE-Israël », où des hommes d’affaires ont réfléchi sur la meilleure manière de démanteler les « barrières au commerce et à l’investissement ». Lire la suite « Une alliance contre-nature – Un extrait du livre de David Cronin »

On parle de nous

David Cronin et Robert Fisk

RobertFisk_david-cronin_alliance-contre-nature_europe-israelDans un livre remarquablement détaillé – si ce n’est légèrement exaspéré –  l’infatigable David Cronin présente une analyse au microscope de « nos » relations avec Israël. Je viens d’en terminer sa lecture. Cela me laisse sans voix.

Comme il le dit dans son introduction, Israël a développé des liens politiques et économiques tellement forts avec l’Union Européenne au cours des dix dernières années qu’il est devenu presque un membre de l’Union sans le dire. En effet, c’était Javier Solana, le sordide chef de la politique étrangère de l’UE (anciennement secrétaire général de l’OTAN), qui a effectivement déclaré l’an dernier : Israël, permettez-moi de le dire, est un membre de l’Union Européenne sans être membre de l’institution.
Pardon?  Étions-nous au courant ? Avons-nous voté pour cela ? Qui a autorisé que cela se produise ?

Est-ce que David Cameron – qui soutient maintenant avec tant de force l’entrée de la Turquie dans l’UE – est d’accord avec cela ? Probablement car il a continué à se déclarer lui-même être un ami d’Israël » après que ce pays a fabriqué une excellente série de faux passeports britanniques pour ses meurtriers à Dubaï.

Comme le dit Cronin, la lâcheté de l’UE envers Israël est à l’opposé de ses positions fermes prises lorsque des atrocités majeures se sont produites dans d’autres conflits. Par exemple, après la guerre russo-géorgienne en 2008, l’Union européenne a nommé une mission indépendante pour savoir si le droit international avait été bafoué, et a exigé une enquête internationale sur les violations des droits de l’homme après la guerre au Sri Lanka contre les Tigres tamouls.
europe israel david cronin alliance contre natureCronin n’esquive pas la responsabilité de l’Europe dans l’Holocauste juif et accepte qu’il y aura toujours un « devoir moral » pour nos gouvernements afin de s’assurer que cela ne se reproduise jamais – même si j’ai remarqué que Cameron avait oublié de mentionner l’Holocauste arménien en 1915 quand il a fait de la lèche aux Turcs cette semaine.

Mais ce n’est pas le sujet. En 1999, les ventes d’armes Britanniques à Israël s’élevaient à 11,5 millions de Livres ; en deux ans, cela avait presque doublé et s’élevait à 22,5 millions de livres. Cela comprenait des armes légères, des kits de grenades prêtes à monter et des équipements pour avions de combat et des chars.

Il y a eu quelques refus après qu’Israël ait utilisé des chars Centurion modifiés contre les Palestiniens en 2002, mais en 2006, l’année où Israël a massacré encore 1.300 Libanais, presque tous des civils, dans une autre croisade contre le « terrorisme mondial » du Hezbollah, la Grande-Bretagne lui a accordé plus de 200 licences d’exportation d’armes.

A l’époque de la guerre du Liban en 2006, des avions américains transportant des armes pour Israël ont été ravitaillés en carburant dans les aéroports britanniques (et, hélas, aussi dans des aéroports irlandais).

Israël a été félicité pour son aide « logistique » à l’OTAN en Afghanistan – où nous tuons chaque année bien plus d’Afghans que les Israéliens tuent des Palestiniens en général – ce qui n’est pas surprenant puisque le patron de l’armée israélienne Gabi Ashkenazi s’est rendu au siège de l’OTAN à Bruxelles pour plaider en faveur d’un rapprochement avec l’OTAN.

Et Cronin explique de façon convaincante un arrangement financier en « Palestine » extraordinaire – presque tellement beau que c’en est dégoutant.Les millions de livres de fonds de l’UE destinés à des projets dans la bande de Gaza. Ils sont régulièrement détruits par des armes israéliennes fabriquées aux Etats-Unis. Donc, ça fonctionne comme ça. Les contribuables européens casquent pour les projets. Les contribuables américains casquent pour les armes dont Israël se sert pour leur destruction. Ensuite, les contribuables de l’Union Européenne casquent pour tout reconstruire. Et puis, les contribuables américains …

Tout compte fait, il est bon d’avoir de notre côté un solide allié comme Israël, même si son armée est une canaille et que certains de ses hommes sont criminels de guerre. Alors à ce point, pourquoi ne pas demander aussi au Hezbollah de se joindre à l’OTAN : imaginez comment ses tactiques de guérilla seraient bénéfiques à nos gars dans le Helmand.

Et puisque les hélicoptères Apache israéliens tuent souvent des civils libanais – par exemple, une ambulance transportant des femmes et des enfants a été détruite en 1996, par un missile air-sol Hellfire AGM 114C de Boeing – espérons que les Libanais peuvent toujours saluer amicalement les gens du comté de Nottingham, du Middlesex, du New Hampshire et, bien sûr, de Cheltenham.

Source : http://www.independent.co.uk

Traduction : MG pour ISM

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