Livres Antidote

Fatima Kaddour : A travers mes souvenirs et mes larmes

Un livre de Fatima Kaddour

Coordinatrice éditoriale : Nadine Rosa-Rosso

Préface : Paul Delmotte, professeur retraité de l’IHECS

Conception graphique : Cédric Rutter / 1001 Cordes

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« Vous me parlez d’un terroriste, mais moi, je vous parle de mon enfant, d’un enfant que j’ai porté pendant neuf mois, que j’ai mis au monde, que j’ai allaité, que j’ai protégé… Si j’avais pu choisir, j’aurais donné ma vie pour que cela n’arrive pas. »

C’est par ces mots que Fatima s’exprimait pour France Info, en décembre 2016. Fatima est la maman de Bilal, né à Bruxelles le 22 janvier, 1995, parti pour la Syrie le 18 février 2015 et décédé à Paris, à 500 mètres du Stade de France, le 13 novembre 2015.

Par cette lettre à son fils, Fatima nous livre son témoignage d’amour, d’angoisse et de désespoir mais aussi son combat pour renvoyer l’image de son fils tel qu’elle l’a connu et aimé, avant que des inconnus d’elle ne le lui arrachent. À lire absolument pour sortir des clichés sur ces jeunes et sur leur famille !

Et voici que les attentats ont tout changé. Le boomerang de la guerre nous revenait en pleine face, sur le sol européen, et plus tard, ici à Bruxelles, le 22 mars 2016. Brusquement, tout le monde, dans les hautes sphères, s’est intéressé de près à la problématique des départs vers la Syrie. Tant que les jeunes mouraient là-bas, au loin, personne ne s’en souciait, malgré les appels incessants de leurs mamans. Les aides publiques se sont mises à pleuvoir sur tout qui s’autodéclarait « spécialiste en déradicalisation ». En même temps, nombre de mamans continuaient à subir les perquisitions, les interrogatoires, les tracasseries administratives. Des communes entières du croissant pauvre de Bruxelles ont connu les visites policières, près de 100 000 les deux dernières années ! Toute une communauté a été frappée de fait par la suspicion et le contrôle…

Nadine Rosa-Rosso

C’est peu dire que le témoignage de Fatima nous serre le cœur. Un témoignage, pour l’essentiel, sous forme d’une longue lettre à son fils: Bilal, parti en Syrie en février 2015 et décédé au mois de novembre suivant. Un témoignage écrit avec des « mots de tous les jours », simples, sans fioritures. Parfois candides.

En lisant Fatima, le Belge « de souche » s’invite dans une famille maghrébine. Et y découvre l’intensité des sentiments. Qui nous dira un jour si chez les musulmans de Belgique et d’Europe, la crainte de perdre cette richesse affective – dans notre monde mondialisé, consumérisé et du « chacun pour soi » – ne renforce-t-elle pas l’attachement aux « traditions » ?

Paul Delmotte

À travers mes souvenirs et mes larmes
Lettre à mon fils
Fatima Kaddour

10 €

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pages :143
isbn :978-2-930802-11-4

 

David Cronin

La France fait la promotion des armes utilisées pour massacrer les Palestiniens

Le fabricant de fusils utilisés lors des récents massacres israéliens à Gaza présentera bientôt ses produits lors d’une foire aux armes sponsorisée par le gouvernement français.
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Les enquêtes d’Amnesty International ont permis de découvrir que le Tavor était probablement l’une des principales armes à feu utilisées par les snipers israéliens qui ont tué et blessés les manifestants palestiniens au cours des deux derniers mois.

En tant que fabricant de ce fusil, Israel Weapon Industries devrait figurer sur la liste noire dans tous les pays qui se disent préoccupés par les droits de l’homme.

La France devrait être un de ces pays, alors que Macron, son président, a officiellement condamné le meurtre de plus de 100 manifestants palestiniens depuis le 30 mars.

Sa condamnation était totalement creuse. Elle a été formulée alors que les préparatifs étaient en cours pour la foire d’armes Eurosatory à Paris.

Israel Weapon Industries fait partie des entreprises devant être présentes à cette foire, qui ouvrira ses portes dans moins de deux semaines.

Ce n’est qu’une des dizaines d’entreprises de l’industrie israélienne de la guerre – dont le fournisseur de drone Elbit Systems– qui sera présent à Eurosatory. Le ministère de la défense d’Israël a également un statut d’exposant.

La foire est organisée par le gouvernement français, qui travaille en tandem avec le lobby français de l’industrie d’armements.

Israel Weapon Industries a profité de foires similaires pour exposer le dernier modèle Tavor. Le programme officiel d’Eurosatory indique que ces armes seront exposées.

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Engins de mort

L’entreprise n’a peut-être pas rendu public sa responsabilité dans les massacres à Gaza. Pourtant, son matériel marketing souligne que le Tavor est le « fusil d’assaut en tête » pour toutes les unités d’infanterie et les « forces spéciales » dans l’armée israélienne.

Selon le site internet de la firme, le Tavor a été développé « en étroite collaboration » avec l’armée israélienne qui a « rigoureusement testé » l’arme. C’est une manière codée de dire que le Tavor est un outil essentiel pour tuer et mutiler les Palestiniens.

Certaines activités promotionnelles de l’entreprise sont d’une vulgarité extrême. Le 13 mai, la division américaine d’Israel Weapon Industries a tweeté un rappel que c’était la fête des mères, avant de supplier ses partisans d’aller « tirer ».

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Le jour suivant, des tireurs d’élite israéliens ont abattu une soixantaine de manifestants à Gaza. Plus tard dans la semaine, l’entreprise s’est vantée de la façon dont ses fans étaient « excités » par le nouveau modèle Tavor.

Les conclusions d’Amnesty sur l’utilisation probable de Tavors à Gaza ont été publiées vers la fin du mois d’avril. cette publication n’a pas semblé calmer les ardeurs d’Israel Weapon Industries.

Bouffonerie au milieu de l’effusion de sang

Bientôt, ses représentants ont été ravis de la façon dont ils se sont divertis lors de la réunion annuelle de la National Rifle Association à Dallas. Ils organisaient même des compétitions, offrant aux participants une chance de gagner un pistolet baptisé Jericho, le nom d’une ville palestinienne sous occupation israélienne.

Ces clowneries avec la NRA ont eu lieu au milieu d’une vague de protestations sans précédent contre le lobby américain des armes à feu, conduit par les survivants du massacre scolaire de février à Parkland, en Floride. Cette révulsion se renouvellera en mai après un autre massacre dans une école secondaire, cette fois à Santa Fe, au Texas.

Les arguments en faveur d’un embargo sur les armes appliqué à Israël – exigé par les groupes de défense des droits de l’homme, dont Amnesty – ont été développés depuis des décennies. Quand Israel Weapon Industries a recours à la bouffonnerie après avoir permis l’effusion de sang, cette nécessité d’un embargo s’impose plus que jamais.

L’Union européenne a non seulement refusé d’imposer un embargo sur les armes, mais elle aide également les compagnies d’armement israéliennes à augmenter leurs ventes.

L’UE enverra un certain nombre de hauts fonctionnaires à la foire de Paris.

Mihnea Motoc est parmi ceux qui doivent parler lors des conférences qui accompagnent l’exposition. Auparavant ministre en Roumanie, il conseille désormais Jean-Claude Juncker, président de la Commission européenne, pour stimuler l’industrie de la guerre.

J’ai demandé à Motoc s’il avait des préoccupations éthiques à propos de l’approbation d’une exposition susceptible de présenter des armes utilisées contre des manifestants non armés. « Nous ne sommes pas en mesure de répondre à vos questions », a répondu son assistant.

Israel Weapon Industries fait son beurre de la souffrance des Palestiniens. Ses armes à feu « testées au combat » ont été achetées par des armées en Inde, en Colombie, au Portugal, au Nigeria, en Thaïlande et au Mexique.

Au cours des cinq dernières années, il a investi des ressources considérables dans la vente d’armes – conçues pour l’armée israélienne – à la police nord-américaine, ainsi que dans l’organisation de séances d’entraînement sur leur utilisation.

Cet empressement à exporter les outils et les tactiques de l’occupation israélienne est extrêmement troublant. En incluant le fabricant des fusils de sniper israéliens dans une foire aux armes, les autorités françaises aident à transformer les massacres de Palestiniens en opportunité publicitaire.

* David Cronin est le correspondant de l’agence de presse Inter Press Service. Né à Dublin en 1971, il a écrit pour diverses publications irlandaises avant de commencer à travailler à Bruxelles en 1995. Il a écrit un ouvrage sur les relations entre l’Europe et Israël.

Son dernier livre, « Corporate Europe : How Big Business Sets Policies on Food, Climate and War » est publié chez Pluto Press.

31 mai 2018 – The Electronic Intifada – Traduction : Chronique de Palestine